Retours sur l'épisode du Parc Monceau du 28/05/2016

Un mois après les faits, Météorage revient sur l'épisode orageux ayant frappé le Parc Monceau, et livre une nouvelle analyse plus approfondie sur la situation de cette journée.

Rappel

Dans l’après-midi du 28 mai 2016, aux alentours de 15h00 locales, un groupe de 11 personnes dont 8 enfants qui fêtait un anniversaire au Parc Monceau s’est fait foudroyer alors qu’il s’abritait sous un arbre. A noter aussi que le compteur électrique situé à l’entrée principale (Boulevard de Courcelles) du Parc Monceau a pris feu au même moment laissant à penser que la foudre est aussi la cause de ce sinistre.
Cet accident a été relayé à de nombreuses reprises dans les media.
Ce document présente les résultats de l’analyse de la situation orageuse qui a entrainé l’accident. Elle se base sur les données radar de Météo France et les données « foudre » enregistrées par le réseau Météorage.

Analyse de la situation orageuse générale

A 08h00 locales, un système orageux bien organisé est déjà bien en place dans le centre de la France entre Vierzon et Auxerre. A 09h00 locales, un autre système commence à se développer aux alentours de Châteaudun et devient actif en produisant quelques éclairs vers 09h15. A 12h30, cet orage, jusque-là de faible intensité, s’est déplacé en direction du Nord-Est, se renforce et s’organise en système multicellulaire avec l’apparition d’une nouvelle cellule orageuse au nord de Chartres. Vers 14h00, plusieurs cellules orageuses se déplaçant en direction du Nord sont actives autour de Paris. A 15h15, l’activité électrique des cellules à l’ouest se renforce, indiquant qu’elles arrivent à maturité, alors que la cellule située au nord-est de Paris se dissipe. Le système multicellulaire progresse toujours vers le nord. Il se dissipera complètement aux alentours de 20h45.
Le déroulé de la situation est présenté sur les images radar de Météo France ci-dessous :

Orage Parc Monceau
État de vigilance météo

La Vigilance météorologique, assurée par Météo France, est destinée à informer la population, les services de sécurité civile et les pouvoirs publics des risques liés à un aléa météorologique particulier en métropole.
Cet outil se matérialise par une carte des risques régulièrement mise à jour associée à des bulletins de suivi des risques.
Le site http://vigilance-public.meteo.fr/ permet d’accéder aux archives des cartes et des bulletins de vigilance.

La consultation pour la journée du 28 mai 2016 donne les résultats suivants :
Vigilance jaune (orage) pour la région parisienne qui indique : « Soyez attentifs, si vous pratiquez des activités sensibles au risque météorologique ou à proximité d'un rivage ou d'un cours d'eau; des phénomènes habituels dans la région mais occasionnellement et localement dangereux (ex. mistral, orage d’été, montée des eaux, fortes vagues submergeant le littoral ) sont en effet prévus ; tenez-vous au courant de l’évolution de la situation. »

Les cartes de vigilance émises à 6h00 et 11h00 sont affichées ci-dessous pour mémoire :

Carte de vigilance
Analyse des données Météorage
Parc monceau - expertise

On rappelle que l’efficacité de détection du réseau de détection de Météorage est estimée à 97% pour les éclairs Nuage-Sol, c’est-à-dire que sur 100 éclairs qui se produisent, seulement 3 ne sont pas détectés. La précision de localisation médiane est de l’ordre 120m. Ces résultats sont tirés de données vidéo enregistrées en 2015 en France. Sur la carte ci-dessus, on peut observer les éclairs enregistrés par Météorage sur un rayon de 20 km autour du Parc Monceau entre 13h30 et 15h30.

Entre 13h30 et 15h30, un total de 745 éclairs est détecté par le réseau national de détection de la foudre dans un rayon de 20 km¹ autour du Parc Monceau, parmi lesquels 135 sont considérés comme des éclairs Nuage-Sol, c’est-à-dire ayant touché le sol.

parc monceau - expertise earth

Une analyse plus fine à l’échelle du Parc Monceau permet d’identifier un arc en retour localisé à 70m à l’est de l’entrée du parc à 15:09:03 (voir figure 6) affichant un courant de polarité négative d’environ 25 kA. On note que cet arc fait partie d’un éclair Nuage-Sol constitué de 2 arcs en retour, le second ayant été localisé à environ 4 km du Parc Monceau à proximité du Pont de Courbevoie rive nord de la Seine.

Ce type d’éclair n’a rien d’exceptionnel, ni dans sa forme (éclair dit « branché » par analogie aux deux branches distinctes formées par les arcs en retour), ni dans son intensité².

En considérant la datation de l’éclair identifié comme l’heure exacte de l’accident, l’analyse de l’activité électrique montre qu’un total de 51 éclairs a été enregistré par Météorage dans un rayon de 5 km avant le foudroiement, dont 14 éclairs Nuage-Sol.

Le premier de ces éclairs s’est produit à 14:17:25 et le délai moyen séparant les 10 derniers éclairs est de 49s, soit un éclair par minute au cours des 10 minutes précédant l’accident.

Discussion

La situation orageuse bien établie au moment de l’accident aurait dû alerter les victimes d’un risque imminent de foudroiement.

Compte tenu des bonnes performances du réseau national de détection de la foudre, on peut considérer que les données « foudre » sont fiables et permettent de réaliser une analyse pertinente de la situation. Ainsi, les données de Météorage confirment une situation orageuse active à l’échelle régionale puisqu'on observe l’occurrence des premiers éclairs à 20 km du Parc Monceau à 13h40 locales soit 1h30 avant l’accident. On considère généralement que le tonnerre peut s’entendre à cette distance, mais si l’on prend en compte le caractère urbain de l’environnement des victimes il se peut que le tonnerre ait pu être masqué par des bruits parasites. Néanmoins, en considérant une distance de 5km comme limite admissible compte tenu de l’environnement, les victimes ont dû entendre le tonnerre continuellement à partir de 14h17 soit près d’une heure avant le foudroiement.

parc monceau - photo

Les caractéristiques de l’arc en retour susceptible d’avoir frappé le groupe peuvent être considérées comme « normales ». Cependant, la position de l’impact au sol donné par Météorage semble être décalée par rapport au lieu de l’accident, même si à ce stade les données en possession de Météorage sont peu précises. Cet écart est intéressant à analyser car il peut s’avérer important pour déterminer si le foudroiement est direct ou indirect, de type arc secondaire. Dans ce cas, ce n’est pas l’arc principal qui touche la victime mais une décharge ascendante qui tente de se connecter à la décharge en provenance du nuage.

L’intensité de telles décharges est généralement considérée comme faible (quelques centaines d’ampères) en comparaison à l’arc en retour mais est tout à fait suffisante pour créer des lésions sérieuses sur un être humain.
Si cette hypothèse s’avérait exacte, on pourrait conclure que l’arc localisé à proximité du compteur électrique qui a pris feu est bien localisé et concomitant à un arc secondaire non connecté qui serait à l’origine de l’électrisation du groupe.
Cette étude démontre par conséquent, la nécessité d'une amélioration de la sensibilisation du grand public et des pouvoirs publics face aux risques réels liés à l’orage.

Pour preuve l’accident survenu le même jour en Allemagne sur un terrain de football…

Consultez la news publiée au lendemain de l'épisode ici

¹ Pour mémoire les zones d’alerte de Météorage ont en général des rayons de 10 à 20 km
² L’intensité moyenne d’un arc en retour négatif en France est de 16.6kA (Météorage)